La Parabole du Rugbyman
Par Dominique Quatravaux le lundi 23 janvier 2006, 00:49 - Hérésiarque amateur - Lien permanent
De temps en temps, une des deux équipes monte une sorte d'assaut dont l'enjeu est d'aller déposer le ballon ovale au pied desdits poteaux bien droits. On se disperse en ligne sur toute la largeur du terrain, on court vers les lignes adverses en serrant le ballon contre soi, et on prie pour que tout se passe bien. Inévitablement, comme lorsqu'on pratique cet exercice en des circonstances moins pacifiques, on se fait à peu près à coup sûr rétamer par l'adversaire qui nous attend de pied ferme...
Comme nul ne l'ignore (même pas moi), au rugby il est interdit de faire des passes en avant. Quelques centièmes de secondes avant l'instant fatal, il faut donc se débarasser du ballon plus ou moins au petit bonheur, mais vers l'arrière, dans l'espoir qu'un coéquipier le reprendra. Pour marquer l'essai, d'une part il faut jouer en équipe (ça ne sert à rien de partir tout seul en avant, au contraire il faut être à côté et en retrait par rapport au porteur du ballon); et d'autre part il faut qu'en moyenne, chaque équipier fasse avancer le ballon plus qu'il ne reculera au moment de la passe, laquelle précède quasi inévitablement la chute du porteur.
Quelle poignante métaphore de la vie que ce sport ! Pour l'instant, je fonce tête baissée, et je compte bien gagner un peu de terrain. Mais je suis mortel, et tôt ou tard le ballon m'échappera des mains — ce jour-là, il faudra qu'il passe à des plus jeunes, inévitablement en arrière mais pas trop j'espère. La richesse dans mes mains, la sagesse dans mon cœur, le savoir dans mes œuvres, et même la paix et l'amour dans ma maison — parmi tout ce que j'ai construit sur cette terre, presque tout sera perdu; mais si mes fils réceptionnent le ballon ne serait-ce qu'un mètre plus loin que l'endroit d'où je suis moi-même parti, alors je n'aurai pas vécu en vain. Et croyez-moi, on aura toute la troisième mi-temps pour fêter ça !
Commentaires
J’aime beaucoup le dernier paragraphe ! Bonjour à madame.