• Tout commence lorsqu'un quidam poste le lien vers un article paru sur LWN qui explique pourquoi les principaux auteurs de Linux (parmi lesquels Linus Torvalds) n'envisagent pas d'utiliser la licence GPLv3 pour le diffuser et en restent à la GPLv2 dans le futur prévisible.
  • Un autre quidam nommé Jochen s'exclame : c'est intéressant votre truc mais c'est dommage de ne pas avoir fait part de vos objections à la FSF.
  • PJ : Oh! Les vilains !
  • Linus intervient une première fois pour répondre : Si si, je l'ai fait mais ils s'en fichent. Faudrait voir à pas confondre avoir confiance en la GPLv2 et avoir confiance en la FSF. (À ce stade la discussion est devenue à peu près totalement hors-sujet pour l'article de Groklaw de départ et dont les commentateurs sont censés traiter, mais c'est monnaie courante sur tous les forums de discussion en ligne.)
  • MadScientist, un compagnon de route de longue date de PJ et Groklaw, enchaîne : je comprends, c'est politique, mais il y a de nouvelles menaces comme les brevets, croyez-vous que la GPLv2 peut s'en sortir seule ?
  • Linus : je n'en ai rien à caguer des brevets, ce que je veux c'est qu'on me rende du code quand je donne du code, et c'est moi qui décide parce que c'est moi qui écris le noyau.
  • PJ moi je m'en fiche du code, je veux mes libertés fondamentales, celles que TiVo me prend aujourd'hui et la GPLv2 n'y peut rien. Et les brevets c'est dangereux aussi ! Et puis d'abord, vous êtes sûr d'avoir vraiment parlé avec les gens de la FSF?
  • Linus : Non PJ, vous avez tout faux. Je représente la majorité en disant que la GPLv3 n'est pas un progrès par rapport à la GPLv2.
  • PJ: Humm peu importe, mais ce n'est pas une raison pour prendre publiquement position contre la GPLv3, acte qui est politique que vous le vouliez ou non. Ce n'est pas votre licence, laissez-la donc tranquille.
  • Linus : même pas vrai, c'est eux qui ont commencé — la FSF s'imaginait que j'allais accepter n'importe quoi dans la GPLv3, et plusieurs motions de changement de licence pour le noyau Linux ont été discutées malgré mon opposition.
  • Un tiers quidam : j'en conclus que Linux ne confie plus son travail de gestion de la licence à la FSF. Qui va s'en occuper à présent ?
  • Linus : Bien essayé, mais c'est juste du FUD.
  • PJ relance d'une rapide bordée de problèmes que la GPLv2 ne traite pas.
  • Linus : Exactement ! La GPLv2 est une traduction somme toute assez directe de l'éthique de réciprocité. C'est pour cela qu'elle est meilleure : ce n'est pas un instrument ad hoc de guerre politique, c'est un outil pour permettre de se libérer l'esprit des questions légales et travailler à construire du *code*.
  • Comme il le fait souvent, le fil s'interrompt et resurgit un peu plus bas avec PJ qui critique l'intransigeance de Linus et des autres développeurs du noyau.
  • Linus : Désolé, mais la FSF n'a aucun droit sur notre travail. Elle nous a attaqués par le passé, et maintenant elle insiste unilatéralement pour que Linux change de licence. C'est choquant.
  • PJ : Peu importe, vous essayez de nuire à ce projet de licence GPLv3 et c'est Mal. Utiliser comme vous le faites une licence GPLv2 uniquement c'est Mal aussi. Si à l'avenir il y a une partition de la communauté ce sera de votre faute.
  • Linus : I just set the record straight («j'ai juste rectifié les informations factuelles pour la postérité»). Je ne suis pas un idiot solitaire, je suis un idiot avec ma bande !
  • PJ : la conclusion de l'article incriminé (op. cit.) ne cadre pas avec cette position. Surveillez votre bande !

À noter aussi, une déclaration d'opinion complète et circonstanciée de PJ qui n'est pas une réponse à Linus mais n'en exprime que plus clairement sa position dans le débat.

Post Scriptum: Ce message sur mon propre blog n'aura probablement que quelques heures d'utilité réelle, voire moins — la flamewar se propage déjà sur LWN (op. cit.) et vraisemblablement dans quelque fil hors-sujet sur slashdot au moment où j'écris. En effet, cette conversation, qui a un caractère historique, sera probablement archivée in extenso, ce d'autant plus que PJ a la gâchette facile en matière de censure sur son blog.

Y'a du nouveau: la discussion a repris suite à la publication par la FSF d'un rectificatif au sujet des arguments soulevés par l'article initial des auteurs du noyau Linux.

  • Linus : voici un résumé des épisodes précédents. La GPL est meilleure parce qu'elle est plus simple; pas besoin d'être un avocat pour s'en servir.
  • PJ : Le monde est devenu plus méchant. Ballmer lance des chaises, SCO lance des procès, il ne suffit plus d'être un gentil programmeur avec une gentille licence pour s'en sortir.
  • Linus (dans un autre fil) : la réponse de la FSF est hypocrite. Elle prétend démontrer que la GPLv3 ne pose pas de restriction à la liberté d'usage du logiciel en changeant la définition du mot «usage».
  • Un quidam proteste : ce glissement sémantique est nécessaire, parce qu'il n'y a pas de liberté pour soi sans restriction de la liberté des autres.
  • exact, mais hors sujet. La liberté est réciproque, ça n'empêche pas le mot «utiliser» d'avoir un sens clair. Si vous voulez «utiliser» le code de Tivo pour faire ce que bon vous semble, prenez-le. Mais si vous voulez utiliser la Tivo elle-même pour faire ce que bon vous semble, voyez avec Tivo — plutôt que d'essayer d'utiliser la GPLv3 pour contraindre Tivo à vous laisser faire ce que vous voulez avec leur matériel.

À partir de là, Linus s'est ouvert un compte sur Groklaw, et on peut donc facilement suivre ses échanges en cherchant les pseudos des belligérants («Linus» et «PJ») à l'aide de la fonction «rechercher» du navigateur.