Flamewar PJ vs. Linus Torvalds sur Groklaw : suivez le guide
Par Dominique Quatravaux le mardi 26 septembre 2006, 09:56 - Mon Geek intérieur - Lien permanent
Il y a eu tantôt sur Groklaw une discussion quelque peu échauffée entre PJ, la maîtresse des lieux assistante avocat de son état, et Linus Torvalds, le célèbre chef de file du projet Linux. Las, le logiciel de blog qu'utilise PJ est à peu près inutilisable pour suivre une discussion, d'autant que Linus a choisi de ne pas signer ses messages. Je propose donc un historique de la conversation avec les hyperliens qui vont bien.
N.B.: ce message pointe vers du texte entièrement en anglais et dont l'intérêt paraîtra assez obscur aux non-informaticiens. J'en suis désolé...
- Tout commence lorsqu'un quidam poste le lien vers un article paru sur LWN qui explique pourquoi les principaux auteurs de Linux (parmi lesquels Linus Torvalds) n'envisagent pas d'utiliser la licence GPLv3 pour le diffuser et en restent à la GPLv2 dans le futur prévisible.
- Un autre quidam nommé Jochen s'exclame : c'est intéressant votre truc mais c'est dommage de ne pas avoir fait part de vos objections à la FSF.
- PJ : Oh! Les vilains !
- Linus intervient une première fois pour répondre : Si si, je l'ai fait mais ils s'en fichent. Faudrait voir à pas confondre avoir confiance en la GPLv2 et avoir confiance en la FSF. (À ce stade la discussion est devenue à peu près totalement hors-sujet pour l'article de Groklaw de départ et dont les commentateurs sont censés traiter, mais c'est monnaie courante sur tous les forums de discussion en ligne.)
- MadScientist, un compagnon de route de longue date de PJ et Groklaw, enchaîne : je comprends, c'est politique, mais il y a de nouvelles menaces comme les brevets, croyez-vous que la GPLv2 peut s'en sortir seule ?
- Linus : je n'en ai rien à caguer des brevets, ce que je veux c'est qu'on me rende du code quand je donne du code, et c'est moi qui décide parce que c'est moi qui écris le noyau.
- PJ moi je m'en fiche du code, je veux mes libertés fondamentales, celles que TiVo me prend aujourd'hui et la GPLv2 n'y peut rien. Et les brevets c'est dangereux aussi ! Et puis d'abord, vous êtes sûr d'avoir vraiment parlé avec les gens de la FSF?
- Linus : Non PJ, vous avez tout faux. Je représente la majorité en disant que la GPLv3 n'est pas un progrès par rapport à la GPLv2.
- PJ: Humm peu importe, mais ce n'est pas une raison pour prendre publiquement position contre la GPLv3, acte qui est politique que vous le vouliez ou non. Ce n'est pas votre licence, laissez-la donc tranquille.
- Linus : même pas vrai, c'est eux qui ont commencé — la FSF s'imaginait que j'allais accepter n'importe quoi dans la GPLv3, et plusieurs motions de changement de licence pour le noyau Linux ont été discutées malgré mon opposition.
- Un tiers quidam : j'en conclus que Linux ne confie plus son travail de gestion de la licence à la FSF. Qui va s'en occuper à présent ?
- Linus : Bien essayé, mais c'est juste du FUD.
- PJ relance d'une rapide bordée de problèmes que la GPLv2 ne traite pas.
- Linus : Exactement ! La GPLv2 est une traduction somme toute assez directe de l'éthique de réciprocité. C'est pour cela qu'elle est meilleure : ce n'est pas un instrument ad hoc de guerre politique, c'est un outil pour permettre de se libérer l'esprit des questions légales et travailler à construire du *code*.
- Comme il le fait souvent, le fil s'interrompt et resurgit un peu plus bas avec PJ qui critique l'intransigeance de Linus et des autres développeurs du noyau.
- Linus : Désolé, mais la FSF n'a aucun droit sur notre travail. Elle nous a attaqués par le passé, et maintenant elle insiste unilatéralement pour que Linux change de licence. C'est choquant.
- PJ : Peu importe, vous essayez de nuire à ce projet de licence GPLv3 et c'est Mal. Utiliser comme vous le faites une licence GPLv2 uniquement c'est Mal aussi. Si à l'avenir il y a une partition de la communauté ce sera de votre faute.
- Linus : I just set the record straight («j'ai juste rectifié les informations factuelles pour la postérité»). Je ne suis pas un idiot solitaire, je suis un idiot avec ma bande !
- PJ : la conclusion de l'article incriminé (op. cit.) ne cadre pas avec cette position. Surveillez votre bande !
À noter aussi, une déclaration d'opinion complète et circonstanciée de PJ qui n'est pas une réponse à Linus mais n'en exprime que plus clairement sa position dans le débat.
Post Scriptum: Ce message sur mon propre blog n'aura probablement que quelques heures d'utilité réelle, voire moins — la flamewar se propage déjà sur LWN (op. cit.) et vraisemblablement dans quelque fil hors-sujet sur slashdot au moment où j'écris. En effet, cette conversation, qui a un caractère historique, sera probablement archivée in extenso, ce d'autant plus que PJ a la gâchette facile en matière de censure sur son blog.
Y'a du nouveau: la discussion a repris suite à la publication par la FSF d'un rectificatif au sujet des arguments soulevés par l'article initial des auteurs du noyau Linux.
- Linus : voici un résumé des épisodes précédents. La GPL est meilleure parce qu'elle est plus simple; pas besoin d'être un avocat pour s'en servir.
- PJ : Le monde est devenu plus méchant. Ballmer lance des chaises, SCO lance des procès, il ne suffit plus d'être un gentil programmeur avec une gentille licence pour s'en sortir.
- Linus (dans un autre fil) : la réponse de la FSF est hypocrite. Elle prétend démontrer que la GPLv3 ne pose pas de restriction à la liberté d'usage du logiciel en changeant la définition du mot «usage».
- Un quidam proteste : ce glissement sémantique est nécessaire, parce qu'il n'y a pas de liberté pour soi sans restriction de la liberté des autres.
- exact, mais hors sujet. La liberté est réciproque, ça n'empêche pas le mot «utiliser» d'avoir un sens clair. Si vous voulez «utiliser» le code de Tivo pour faire ce que bon vous semble, prenez-le. Mais si vous voulez utiliser la Tivo elle-même pour faire ce que bon vous semble, voyez avec Tivo — plutôt que d'essayer d'utiliser la GPLv3 pour contraindre Tivo à vous laisser faire ce que vous voulez avec leur matériel.
À partir de là, Linus s'est ouvert un compte sur Groklaw, et on peut donc facilement suivre ses échanges en cherchant les pseudos des belligérants («Linus» et «PJ») à l'aide de la fonction «rechercher» du navigateur.
Commentaires
triste à lire (en anglais comme en français) mais Linus Torvalds se fourvoie.
on sait depuis longtemps qu'il est "pragmatique" et croit n'avoir jamais fait de politique en choisissant la GPL 2
sa pensée était fausse dés ce moment : la gpl 2 EST politique, et heureusement (y a rien de mal à la politique).
la gpl 2 est pas un "outil pour faire du code", c'est une licence qui dicte des droits et des devoirs et qui a pour but de protéger les libertés aux UTILISATEURS que les créateurs du projet gnu souhaitaient.
ce fut dit année après année par la FSF, 1000 fois expliqué par Stallman
si depuis 10 ans Torvalds le nie, tant pis pour lui.
ensuite, rien ne peut pousser torvalds à passer le noyau linux à la gpl3
il n'ya donc PAS de soucis
ni même si la glibc passait à la gpl3
comme le copyright du code de linux est conservé par son auteur, il est peu réaliste d'imaginer un changement de licence de tout le noyau. même si Torvalds en était fan.
drm, brevet peuvent menacer l'usage par l'UTILISATEUR d'un programme que le créateur pensait pourtant avoir protégé avec la gpl2
un contributeur ou fournisseur de code peut réussir à verrouiller l'usage d'un logiciel sous licence gpl2 dont il dérive le code grâce au drm et à l'usage accru des brevets.
bien évidemment la FSF essaie de faire une licence qui empêche cela pour leur projets et leur vision de l'usage de l'informatique
rien de nouveau sous le soleil
quand on lit la gpl 2, quand on lit les papiers de la FSF et quand on voyait l'actualité de l'industrie depuis ces dernières années, on SAVAIT que la FSF allait chercher à prendre en compte ce qu'ils considerent comme la menace "drm" et brevets
bref
la gpl3 est la continuation du projet politique de la GPL 2 : fournir des programmes que les utilisateurs peuvent utiliser sans restriction et modifier sans restriction SAUF qu'il est interdit de faire en sorte de supprimer ces libertés aux autres.
et si subitement des gens s'en étonnent et crcoient que la "gpl 2" est une licence qui ne restreint pas les développeurs et bien ils délirent.
on en revient à l'incroyable mauvaise foi autour de la licence BSD.
les gens s'accrochant à la GPL 2 avec l'argument _fallacieux_ que c'est une licence qui défend la liberté du développeur (en opposition à la gpl3) sont en train de prendre la même position que les défenseurs de la BSD.
or on voit qu'au final on a besoin de programme dont le developpement et l'USAGE est perenne
si demain je tombe sur des logiciels "libres" qui vont me demander de m'acquitter d'un droit sur un brevet pour l'utiliser (comme sco a tenté , heureusement maladroitement) ou m'exiger une clé à installer dans mon ordinateur il me sera naturel de considérer qu'ils ne sont PAS libres
et ils m'intéresseront moins que des programmes dont j'ai automatiquement le droit d'utiliser le brevet (pour l'usage du programme, pas un droit illimité hein, personne ne demande cela).
ils m'intéresseront moins qu'un programme avec lequel sera fourni les éventuels clés me permettant de crypter un contenu fonctionnel avec.
à l'heure de DRM, c'est très important.
"Linus : voici un résumé des épisodes précédents. La GPL est meilleure parce qu'elle est plus simple; pas besoin d'être un avocat pour s'en servir."
c'est faux. on a toujours besoin d'un avocat si tôt qu'on se penche sur la compatibilité d'une licence avec une autre et sur les termes très précis inscrits dans le contexte des négociations internationales sur le droit d'auteur.
on ne s'improvise pas "expert en licence informatique".
Linus Torvalds est intelligent et cultivé, il a oublié qu'il a des années d'expérience de la GPL 2.
---
les gens vont se positionner très vite en pour ou contre la FSF
nous aurons les défenseurs paranoiaques de la FSF
et les défenseurs paniqués de linux.
tout ceci n'est qu'une tempête dans le café des informaticiens.
la FSF continuera son projet politique, et le noyau linux continuera à utiliser la GPL2 jusqu'à ce que le projet réalise que les gens vont devenir très polarisés sur le droit à utiliser leur ordi à l'heure de DRM et Signatures.
à ce moment là, verra-t-on certaines parties du code linux utiliser une licence gpl2 amendé par les développeurs linux ? j'en suis presque certain.
sinon, peut être cela sera l'occasion de faire revenir Hurd sur le tapis :) (je suis ici à moitié sérieux).
Unix ne fut pas éternel, BSD ne fut pas éternellement l'enfant chéri des hackers, Linux aura aussi servi son temps et son époque. mais on est loin de cela pour l'instant.
---
la gpl3 fait peur, elle est pas finie, la FSF a toujours été considérée comme une organisation partisane, politique et fermée, merci, c'est exactement ce qu'on disait y a 10 ans et 15 ans et heu.. ben oui et alors ?
et surtout elle touche à DRM, hors de nombreux industriels ont besoin du drm. toucher ou critiquer drm rend nerveux.
Il est dommage de voir des développeurs s'inquiéter de l'usage futur de linux par l'industrie... cela montre bien une rigidité de plus en plus grande autour de linux
certains appellent cela maturité. au vue des réactions cacophoniques et assez contradictoires sur les forums linux, je doute.
pourtant, dans les années 90, le fait que linux forçait + ou - l'industrie à contribuer "ouvertement" était déjà difficile à concevoir , voir dangereux aux intérêt d'une entreprise (le secret et la protection étant des plus naturels pour une entreprise, ne serait ce que pour vendre sous licene l'usage de son code par une autre société). Cela n'a pas empêché des hackers "irresponsables" de s'y lancer et d'avoir réussi à démontrer que cela pouvait aboutir à un outil meilleur et VIABLE économiquement et que les entreprises pouvaient s'y adapter sans se détruire.
mais maintenant, à lire les réactions sur lvm et autres sites, cela ne serait plus possible
le monde a changé, les choses sont inéluctables et DRM ne se conçoit que comme verrou sur l'utilisateur , et en parler reviendrait à faire peur à l'Industrie et cela signerait la fin de Linux...
étonnant retournement de valeur
étonnante peur.
les gens vont tristement se polariser sur une technologie informatique, le triste terme "drm" (qui n'a rien de nouveau).
l'important n'est pas "drm", mais les libertés que l'on donne à l'utilisateur et que l'on PROTEGE d'un éventuel contributeur malveillant qui fera en sorte que l'utilisateur perde les libertés qu'il était censé avoir.
drm n'est pas le "mal". Quand on créé un document PDF et qu'on aimerait y verrouiller certains usages avant de le distribuer à une personne, c'est du DRM. du DRM contrôlé par un utilisateur d'ordinateur.
mais si demain, on pouvait faire en sorte qu'un "fork" agressif de mplayer, un logiciel de lecture audio/vidéo, ne fonctionne qu'avec des documents bridés par du "drm", qu'au final je dois me plier aux exigences d'une personne pour avoir la possibilité d'utiliser le dit mplayer et bien il y aura tout simplement PERTE des libertés que l'esprit de la licence de mplayer était censé m'apporter.
>Si vous voulez «utiliser» le code de Tivo pour faire ce que bon vous
> semble, prenez-le. Mais si vous voulez utiliser la Tivo elle-même pour faire
>ce que bon vous semble, voyez avec Tivo — plutôt que d'essayer d'utiliser
>la GPLv3 pour contraindre Tivo à vous laisser faire ce que vous voulez avec
>leur matériel.
voilà ici tout le problème politique. je m'y oppose.
si j'achête un tivo, je devrais avoir le droit de le modifier et de faire en sorte qu'il utilise ce que je veux , hors la loi devient de plus en plus restrictive et permet aux concepteurs d'imposer de plus en plus de restrictions au CONSOMMATEUR.
pourquoi donc une playstation 2 ne peut pas jouer un jeu japonais en france ? est ce que l'intérêt supérieur de sony est il si supérieur qu'il bride même mon droit de jouer du jeu importé, en langue japonaise ?
pensez vous que cela ne concerne que des passionnés ?
mais qui ne s'est pas battu avec son téléphone portable pour utiliser une sonnerie faite soi même, censé être "compatible mp3" ?
qui ne se dispute pas avec un baladeur sony ou un ipod pour pouvoir utiliser toute la musique qu'il aime comme il l'entend ?
si vous êtes concepteur de logiciel, peut être n'aimez vous PAS qu'à partir de votre code on puisse créer des machines qui bride l'usage.
et je ne vois pas en quoi il serait mal qu'un créateur de logiciel ne dispose pas d'une licence informatique bien écrite pour cela.
y a des années, des gens me disait qu'il fallait être _malade_ pour vouloir interdire le "juste" droit d'une entreprise à dériver un logiciel "opensource" en un logiciel fermé.
pourtant, des créateurs de programmes ne voulaient pas voir leur travail détourné ainsi.
et non, la réponse "voyez avec tivo" (ou à l'époque "voyez avec microsoft au lieu de faire votre licence de communiste" ) ne satisfaisait pas. du tout.
---
Alors je ne suis pas développeur de code libre, je suis parfois amené à y foutre le nez et jauger de leur usage pour ma société cependant.
je possède un ipod, et je pense que tivo fait un beau produit.
bien souvent je peste contre les limitations artificielle que les constructeurs imposent à mes appareils PAYES et je considère cela ABUSIF
et si des créateurs de programmes informatiques, tout en souhaitant mettre leur travail à disposition des utilisateurs, ne veulent pas qu'on puisse faire cela avec leur logiciel c'est LEUR DROIT.
et je comprends le rôle et la pertinence politique d'un tel désir.
(et pour être clair, je considère comme évident que c'est aussi le droit d'un créateur de logiciel de faire un programme fermé, payant, avec des restrictions spécifiques, j'en achète , j'en utilise, j'en suis très content, il n'y a pas UN modèle unique pour UNE société unique. merci).
et malheureusement, la guerre du troll et du flamme ne fait que commencer. bientôt zdnet titra "la gpl3, la licence qui tue le business sera-t-elle le fossoyeur de linux ?"
bonne chance.
Merci pour l'explication.