Honte à vous, M. Hittema !
Par Dominique Quatravaux le mardi 1 avril 2008, 11:35 - Mon Geek intérieur - Lien permanent
Voici une copie de l'e-mail que je viens d'envoyer à M. Tony Hittema, directeur technique de l'AFNOR, suite à la nouvelle du fait que la France va baisser culotte devant Microsoft qui tente en ce moment par n'importe quels moyens de faire accepter les formats de fichier d'Office (Word et compagnie) comme un standard international.
Monsieur Hittema,
Je viens de lire la nouvelle consternante sur http://www.lesechos.fr/info/hightec/300253698.htm, que la France allait changer son vote de «Non» à «Abstention» dans la procédure de ratification du DIS 29500. Comme de nombreux professionnels de l'informatique, je me désole de la tournure politique qu'a pris le débat autour de cette proposition de standard, et (je pèse mes mots) des magouilles dont Microsoft et ses satellites se sont rendus coupables un peu partout dans le monde ; en tant que citoyen français, j'ai tout particulièrement honte du fait que les instances de normalisation de mon pays se comportent de façon aussi pusillanime.
Vous le savez (je l'espère du moins) aussi bien que moi : le débat de la ratification d'OOXML comme standard ISO ne se situe aucunement sur le plan technique. Le document de standardisation est pachydermique (6000 pages, là où 700 suffiraient comme le prouve l'exemple d'ODF) mais nonobstant immature, inconsistant et incomplet (http://www.grokdoc.net/...). De plus, OOXML est miné par des brevets pour lesquels Microsoft n'offre pas de licence (l'OSP de Microsoft n'est en effet pas un transfert de droits mais un simple pacte de non-agression), ce qui est contraire à la politique de l'ISO à ce sujet (http://isotc.iso.org/...). Pour toutes ces raisons, le «non avec commentaires» que l'AFNOR a formulé les 28 et 29 août apparait pleinement justifié sur l'axe technique.
Pourquoi donc ce revirement aujourd'hui ? Certainement pas parce que Microsoft a amendé et modularisé son standard dans la direction que vous indiquiez en août ! (Ou alors dites-moi s'il vous plaît où je peux télécharger la version mise à jour du ou des documents de standardisation ?) Bien au contraire, si l'on en juge d'après votre propre déclaration, le revirement est purement politique et découle des «contributions et des commentaires» soumis, on l'imagine, par les membres (dont Microsoft France) qui siègent au comité de standardisation ad hoc de l'AFNOR.
Je peux comprendre que la situation de directeur «technique» soit en réalité éminemment politique, et que vous devez bon gré mal gré obéissance aux palinodies des constituants tels que la DGME et la DGE dont le baissage de culotte, «soutenu» par HP aux dire des Échos, semble être la cause de la disparition du consensus pour un «Non». En revanche, le fait que vous repreniez tels quels dans votre déclaration de presse («il demeure encore des incertitudes sur les textes et les engagements, ce qui nous a conduit à nous prononcer par une "Abstention"») des bobards qui apparaissent mot pour mot dans les déclarations des autres pays démissionnaires (comme par exemple la Nouvelle-Zélande, http://www.standards.co.nz/...) est de votre faute, personnellement, Monsieur Hittema. Oui, honte à vous, car vous venez de faire passer l'AFNOR et par extension la France entière pour une bande d'imbéciles aux yeux de la communauté technique internationale, même si (comme j'ose encore l'espérer) Microsoft ne vous a pas dicté personnellement cette déclaration. Si au moins vous aviez pu attendre jusqu'à aujourd'hui 1er avril pour la publier !
Comme l'étymologie nous le rappelle, il fut un temps où la politique concernait le bien-être de la cité, et non pas ces tristement banals jeux de dominations de primates sans cervelle dont ce dossier (comme tant d'autres ces dernières années) a vu l'immixtion dans la sphère technologique. Il fut un temps où l'AFNOR était une technocratie digne de confiance à l'abri de ces jeux de pouvoir motivés par l'argent ou l'influence, qui avancent aujourd'hui masqués derrière les concepts de «libre circulation des produits» et de «protection des consommateurs» comme on peut lire en page 3 de votre dossier de presse du 3 septembre. Je demeure donc dans l'espoir que votre administration recouvre ses esprits et vote comme la réalité technique l'exige.
Bien à vous,
Commentaires
Et aurait-on reçu une quelconque réponse ?
-- Ben
Non, aucune réponse... J'imagine que ce message n'a pas eu d'autre effet qu'un peu d'exercice pour le filtre anti-spam d'Outlook.